Les 20 leçons de la vingtaine (2/2)

Geneviève Allard
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Une (ultime) chronique de Geneviève Allard

(Photo: gracieuseté)

Dans mes pieds: Encore pieds nus dans mes ballerines.

Dans mes oreilles: Dimanche, Canailles

Dans mon esprit:  « Avec des amis et une famille comme la mienne, c’est mon anniversaire tous les jours. » - Moi.

***

Suite et fin des 20 leçons apprises et retenues de la vingtaine. Bonne lecture!

11) Je suis politique. Ça peut sembler étrange dit comme ça, mais j’ai pris conscience du fait que j’avais des idées, des opinions et des valeurs et que je voulais participer à construire la société dans laquelle j’évolue. Je pense que je le fais un peu comme journaliste, mais surtout comme citoyenne.

12) Je ne ferai jamais l’unanimité. En fait, personne ne fera jamais l’unanimité, c’est ce que j’ai compris au cours de la dernière décennie. Que ceux qui m’aiment me suivent. Je suis un package-deal et j’ai fini d’essayer de plaire à tout le monde, surtout ceux qui ne sont pas gagnés d’avance. Je suis merveilleusement bien entourée, anyway.

13) J’ai un rapport trouble avec la mort. Au début de la vingtaine, j’étais obsédée par cette phrase de Jean-Jacques Rousseau sur laquelle j’étais tombée dans un cours de pensée politique. « La vie est courte, moins par le peu de temps qu’elle dure, que parce que de ce peu de temps, nous n’en avons presque point pour la goûter. L’instant de la mort a beau être éloigné de celui de la naissance, la vie est toujours trop courte quand cet espace est mal rempli. » Ma mère n’a pas franchi le cap des 31 ans. J’ai toujours eu peur de mourir, un peu comme tout le monde j’imagine…J’ai toujours eu l’impression qu’elle me guettait de loin. Je ressens moins le besoin de remplir ma vie à craquer, mais je crains toujours un peu que l’espace entre ma naissance et ma mort soit trop court. Cela dit, la vingtaine m’a appris à être dans le présent plus que jamais. À ne pas vivre pour l’instant d’avant ou celui d’après.

14) La perfection est un concept perfectible. Ce que je veux dire par là ? Le concept de perfection a des ramifications différentes pour tout le monde. Je ne suis pas parfaite, je ne le serai jamais et personne ne l’est en fait. La vingtaine m’aura appris à tenter d’être moins exigeante envers moi-même, à embrasser celle que je suis et aussi à ne pas porter aux nues tout un chacun qui me parait parfait. Tout le monde a ses failles et c’est là que c’est beau. « There’s a crack in everything. That’s how the light gets in »,  a écrit Leonard Cohen. La vingtaine m’a appris à accepter et à aimer ces fissures et à comprendre que tout le monde en a.

15) Sans musique, je ne suis rien.  Je ne viens pas d’un milieu tellement mélomane. Mes parents écoutaient un peu de musique, un peu comme tout le monde. Depuis que je suis partie de la maison familiale il y a dix ans, j’ai pris conscience de cet oxygène qu’était la musique pour moi. J’aime en écouter, j’aime en découvrir, j’aime m’émouvoir des textes, j’aime voir des concerts, j’aime associer des moments à une musique. C’est potentiellement le lot des  romantiques un peu nostalgiques, mais il y a toujours ou presque de la musique qui joue chez moi, pas tant pour meubler le silence que pour occuper l’espace avec beauté. J’espère transmettre cette passion à mes futurs enfants.

16) Je suis une bonne amie. Plus encore, j’ai des amis merveilleux. Avec la vingtaine, on dirait qu’un genre de ménage se fait. De nouvelles personnes entrent dans nos vies, certaines restent. C’est un peu ce qui m’est arrivé. J’ai aussi rencontré beaucoup de gens durant ma vingtaine. Je regarde mon entourage et je me sens privilégiée. J’ai des gens aimants, intelligents, beaux, ouverts, drôles et disponibles autour de moi. C’est ma deuxième famille. À partir de là, être une bonne amie est facile comme tout.

Je ne serai jamais bien loin, j’ai trop de choses à dire de toute façon...

17) La famille c’est mon noyau. J’ai eu un amoureux il y a quelques mois qui n’était pas proche de sa famille et qui n’était pas enclin à rencontrer la mienne. Le soir de notre rupture, je me souviens lui avoir dit « Si tu ne t’intéresses pas à ma famille, tu ne t’intéresses pas à moi. » Ça me fait encore mal de penser à ces mots que j’ai prononcés, mais je sais qu’ils venaient du cœur et qu’ils étaient vrais. Ma famille, je l’ai souvent écrit, c’est ce que j’ai de plus précieux. On est un peu rafistolés, mais on se tient. Et on s’aime. Je suis chanceuse d’être proche des miens.

18) Je suis romantique. Bon, ça c’est un peu un faux aveu. J’ai beau me la jouer fille qui n’a besoin de rien ni personne, je suis une romantique finie. Je veux les genoux mous ou rien pantoute. Si la vingtaine m’a amené un char pis une barge d’histoires compliquées et déchirantes, (saupoudré quand même d’une belle relation simple et heureuse), je sens que je ne me perdrai pas en conjectures durant la trentaine. Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Je ne suis pas à l’abri des mauvais choix, mais à partir de maintenant, je laisse le destin (je suis romantique, n’oubliez pas) se charger du reste.

19) Je suis une chroniqueuse.Ça, ça m’a pris du temps à l’accepter, la preuve j’ai commencé cette chronique à 27 ans, et même de l’écrire me donne un certain malaise. Avoir cette tribune, 100 fois plutôt qu’une, m’a fait sentir que j’avais des choses à dire, mais aussi une résonnance chez beaucoup de gens. La chronique m’a fait rencontrer des personnes et a suscité une quantité incroyable de réactions et de commentaires. Elle m’a permis de sortir de ma coquille en ce qui a trait à mon rapport aux mots, a fait office de thérapie, m’a confirmé que j’écrirai toujours et m’a donné envie de plus.

20)  Toute bonne chose a une fin. Mes parents me l’ont dit tellement souvent cette phrase, parce que je ne voulais pas que les vacances se terminent, je ne voulais pas quitter le chalet, je refusais la fin de quoi que ce soit. La vingtaine m’a appris qu’il faut parfois fermer une porte pour qu’une autre s’ouvre. C’est ce qui arrive avec cette chronique, chers lecteurs. Après 100 chroniques, je sens que je m’essouffle et que si je continue, j’étirerai inutilement la sauce. J’ai d’autres projets d’écriture et j’ai envie de m’y consacrer. De prendre le temps que je consacrais chaque semaine à Je, Me, Moi pour plancher sur quelque chose d’autre, toujours en écriture. Je remercie tous ceux qui étaient au rendez-vous chaque semaine. Je ne serai jamais bien loin, j’ai trop de choses à dire de toute façon. Point final.

***

Accepté: Mon petit périple en Italie, prévu dans moins d’une semaine !

Refusé: Richard Martineau, pour l’ensemble de son œuvre, mais aussi pour sa crisette de la semaine dernière.

 

 

Lieux géographiques: Italie

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