«Pastagate» et bondieuseries

Toula Foscolos
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Le récent «Pastagate» nous en dit plus sur la nécessité d’établir des garde-fous à la politique linguistique du Québec que sur les tentatives du PQ de rendre illégaux les termes étrangers. Mais c’est de toute façon un non-lieu parce que tout le monde abonde dans le même sens (sauf le malheureux employé zélé de l’OQLF). Quand Sophie Durocher du Journal de Montréal, Richard Martineau et Don MacPherson de la Gazette sont au même diapason, on peut être convaincu qu’il s’agit bien là d’un non-lieu.

Toula Foscolos

C’est dommage que le Québec fasse encore les manchettes à l’étranger en ayant l’air d’une contrée parano au lieu de la société ouverte et multiculturelle qu’il est vraiment.

Je rêve du jour où la protection de la culture française dans cette province ne passera pas par la diabolisation ou la peur des autres cultures.

Un Bureau de la liberté de religion

Outre le «Pastagate», ce qui a surtout retenu mon attention, la semaine dernière, est l’ouverture officielle du Bureau de la liberté de religion par le ministère des Affaires étrangères du Canada.

Modelé en partie sur celui des États-Unis, sa mission sera d’assurer «la promotion de la liberté de croyance et de religion en tant qu'élément prioritaire de la politique étrangère du Canada». Le projet coûte la bagatelle de cinq millions de dollars et inclut un budget d’opération annuel de 500 000$.

Je soupçonne que la plupart des Canadiens n’ont pas prêté attention à ce sujet parce qu’il n’est pas très juteux ou controversé, et parce qu’il semble – à première vue – plutôt inoffensif. Qui ne veut pas défendre la liberté de religion, n’est-ce pas? Peu importe ce que ça implique. Peu de détails ont été donnés par le ministre John Baird sur le sujet et une couple de réunions à huis clos ont déjà eu lieu là-dessus. Apparemment, protéger la liberté d’autrui requiert le secret absolu.

Comme journaliste, j’apprécie la transparence. Les secrets éveillent en moi des inquiétudes. Je me pose alors toutes sortes de questions comme celles-ci…

De quel droit le Canada peut-il défendre la liberté de religion dans les cours des autres et qu’est-ce qui fait croire à M. Harper qu’un autre gouvernement agira différemment parce que le Canada le réprimande? Je prédis un champ de mines politique.

Pourquoi le Canada choisit-il de s’attaquer à la liberté de religion alors qu’elle est déjà protégée dans la Charte des droits et libertés? Est-ce que tout cela n’interférera pas avec d’autres droits humains comme l’égalité des sexes, le droit à l’avortement, la liberté sexuelle, etc.? Cela prendra combien de temps avant que ce bureau ne reflète que la vision chrétienne, annihilant de ce fait son côté œcuménique? Son équivalent américain a déjà été vivement critiqué pour son prosélytisme.

Je soupçonne que la plupart des Canadiens n’ont pas prêté attention à ce sujet parce qu’il n’est pas très juteux ou controversé, et parce qu’il semble – à première vue – plutôt inoffensif.

Oh! Vous ai-je dit que le premier ambassadeur de ce bureau est le recteur d’un collège chrétien? Andrew Bennett n’a aucune expérience en diplomatie, mais rassurez-vous, M. Harper a déclaré qu’il est un homme de principes et de convictions.

Je vous parie que ses convictions sont des convictions chrétiennes. Comment un catholique avoué pourra-t-il protéger les acquis des citoyens musulmans ou juifs? Même si les intentions sont bonnes, tout cela ne risque-t-il pas de générer plus de problèmes que de solutions?

Et qui décidera quelle minorité religieuse est persécutée? Et est-ce que l’absence de foi peut être défendue par ce bureau? Est-ce qu’être libéré de la religion entre dans la définition de la liberté de religion?

Aux États-Unis, sept États interdisent aux athées d’être élus. J’imagine mal ce bureau intervenir dans ce dossier…

Ce bureau a été créé par le même gouvernement qui a récemment aboli le registre des armes à feu pour économiser de l’argent dans un souci de rationalisation.

Le gouvernement Harper avait critiqué la décision d’Élections Canada de permettre à des femmes portant la burqa de se présenter aux bureaux de vote. Ce même gouvernement oblige désormais les femmes musulmanes à enlever leur voile pour prêter serment lorsqu’elles deviennent canadiennes.

Pourquoi ne pas d’abord pleinement intégrer la liberté de religion chez nous avant de tenter de faire la leçon aux autres?

 

 

 

Organisations: Bureau de la liberté de religion, Ministère des Affaires étrangères du Canada, Élections Canada

Lieux géographiques: Canada, États-Unis, Québec

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