Montréal, la ville que ne méritent pas nos politiciens

Toula Foscolos
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La semaine dernière, alors que la Commission Charbonneau, le téléroman favori des Québécois, prenait une pause, j'ai décidé d'aller visiter des amis et de la famille à Toronto. C'est un voyage que je me permets quelques fois par année, habituellement par train.

Toula Foscolos

L'arrivée à Union Station, en plein cœur du centre-ville, me surprend toujours. Je sais que Toronto est une grande ville, mais je semble chaque fois m'étonner de son envergure. Des gratte-ciel partout, des autoroutes congestionnées et cette foule omniprésente… Montréal semble toute petite à côté.

J'aime Toronto. Les Montréalais qui considèrent Toronto comme une ville ennuyeuse sont coupables de l'un de ces deux crimes: soit ils n'y ont pas mis les pieds depuis dix ans, soit ils souffrent d'un sérieux complexe d'infériorité.

Chaque fois que je voyage dans une autre ville, je me demande toujours si je pourrais y vivre. Ayant vécu et ayant voyagé un peu partout dans le monde, j'ai appris que la maison était un concept nomade. En fait, comme le bonheur, c'est davantage une question de choix.

Je pourrais discourir longtemps sur la joie de vivre et la vie culturelle montréalaises, cette ville cosmopolite et polyglotte encastrée dans une province férocement unilingue, devenue ironiquement le seul véritable «success story» du bilinguisme canadien.

Les nombreux scandales et la démission du maire de notre ville ont fait de nous des orphelins cherchant désespérément une raison pour continuer à y vivre.

Mais quoique quelque peu ternie par toutes ces histoires, cette ville continue d'étinceler. Oh! c'est le chaos, pas de doute là-dessus, mais nommez-moi une seule grande ville qui n'est pas bordélique?

Bien sûr, Toronto ressemble à une première de classe qui a tout compris, mais ce n'est pas le cas. Le développement urbain y est anarchique, ce gouffre immense dans la rue devant la gare semble s'agrandir chaque fois que j'y retourne et je suis convaincue que la corruption dans l'industrie de la construction fera les manchettes, sous peu, là-bas aussi. Les bars ferment toujours à 2h du mat et leur poutine dans les comptoirs de restauration de rue est atroce. Et pour couronner le tout, leur maire, Rob Ford, continue à faire la une des médias, gaffe après gaffe.

Certaines villes sont folles. Elles vous frustrent, vous enragent et vous font lever le poing en l'air comme un vieillard furieux, mais elles réussissent tout de même à se faire aimer.

La relation amour/haine que l'on entretient envers Montréal est brillamment expliquée par l'un de ses fils, Leonard Cohen: «I died when I left Montreal», a-t-il déjà écrit, ce qui n'est pas vraiment arrivé puisque j'assisterai à l'un de ses prochains spectacles dans quelques semaines, mais je comprends ce qu'il voulait dire. Mais il est aussi celui qui a écrit: «Beware of what comes out of Montreal, especially during winter» (méfiez-vous de Montréal, surtout l'hiver). Mon Dieu que je le comprends...

Certaines villes sont folles. Elles vous frustrent, vous enragent et vous font lever le poing en l'air comme un vieillard furieux, mais elles réussissent tout de même à se faire aimer. Comme cette scène du film Moonstruck lorsque Rose s'adresse à Loretta à propos de Johnny:

–        «Est-ce que tu l'aimes, Loretta?»

–        «Ma, je l'aime terriblement.»

–        «Ah mon Dieu, dommage.»

Certaines villes sont meilleures que ceux qui les gèrent. Certaines villes ne se définissent vraiment que par ceux et celles qui les habitent; ces âmes créatives qui s'y installent pour les loyers modiques et y demeurent pour sa douce folie.

Certaines villes s'élèvent au-dessus des scandales et de la partisanerie politique. Même lorsque l'étroitesse d'esprit et la mesquinerie sortent leurs sales têtes, il y a encore tout de même quelque chose d'attirant dans cette ville.

Comme le train Via Rail ralentissait à son arrivée à la gare de Montréal, à la tombée du jour, je reconnaissais ces édifices qui me sont si familiers. Je pris mes sacs et marchai vers un taxi et pour la première fois en cinq jours, l'on m'adressa la parole en français:

–        «Bonsoir, mademoiselle. Vous allez où?»

Ah! Me voici enfin à la maison.

Organisations: Union Station, Via Rail

Lieux géographiques: Montréal, Toronto, Loretta Ah

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