Les travaux et les hommes

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Jean-Guy Marceau

Je n'ai vraiment, mais alors aucun talent manuel. Génétiquement, mes frères ont tout reçu. Je peux à peine changer une ampoule, clouer une planche, peinturer un garde-robe. La nature a fait de moi un innocent de l'égoïne, un nul du renvoi d'eau, un sans génie du tirage de joints... Bref, un bozo-bricoleur. Quelles en sont les conséquences me direz-vous? Ça fait quoi?

Ça fait que dans la vie, je paie. Je paie pour tout. Ah! Vous aussi! À la bonne heure, je me sens moins seul. Ce qui m'amène à partager (encore une fois, me direz-vous) une tranche de ma palpitante vie.

Le 29 mai dernier, c'était la fête de ma mère et aussi la journée la plus arrosée de l'année; de la décennie, devrais-je dire. Des orages indescriptibles ont frappé fort partout. Beaucoup de résidences furent touchées et devinez quoi?... La mienne aussi. Le sous-sol complètement inondé, après des travaux déjà entrepris... Vraiment la petite misère. Je fais donc sur le champ appel à des spécialistes. On a tout arraché. Par le fait même, on m'a aussi arraché une petite fortune. Presque quatre mois plus tard, j'attends toujours que débute… la fin des travaux.

Mon beau ti-sous-sol a l'air d'avoir été bombardé et à l'extérieur, on installe un drain français autour de la maison, sous la galerie. L'enfer, je vous dis... Décontamination, problèmes avec Hydro parce qu'un poteau de téléphone (leur poteau de téléphone!) est trop proche de la maison; j'ai besoin d'un drain là aussi. Hydro ne veut pas sécuriser son maudit poteau à cause du creusage; je dois donc payer une firme spécialisée pour ancrer le saudit poteau… Encore beaucoup de sous! C'est très indépendant, ça, Hydro... Y paraît que ça travaille pour nous?

Presque quatre mois se sont écoulés. J'ai passé tout ce temps à vivre à moitié. Ma mère lave mon ligne, je me sens comme dans La p'tite vie... J'ai des meubles en «storage» et mon téléviseur qui attend d'être branché après les rénos du sous-sol... J'ai des boîtes partout, de la poussière jusque dans le toaster. Je sais, je fais pitié! Mais en parler, ça fait tellement de bien.

Pendant tout l'été, j'ai tenté de joindre mon chargé de projet. Après des dizaines de coups de téléphone, il trouve toutes les raisons pour excuser son retard dans les travaux. Enfant malade, camion en panne, vacances de la construction, élections, fait trop chaud, conflit d'horaire, etc... Pendant ce temps, je me sens aussi inutile qu'un balais qui flotte dans une piscine.

C'est la semaine dernière qu'ils ont commencé. Qu'ils ont commencé la fin des travaux. 7h du matin: ding-dong! Ils arrivent avec leur machinerie et leurs gros bras. Cette fois c'est la bonne. Tellement content que je dors à peine… Durant la nuit, je me magazine un plombier sérieux pour la touche finale, un peintre pour remettre ça tout beau et du courage pour passer à travers, une bonne fois pour toute…

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