Griffintown: la fin d'un monde

Joseph Elfassi
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À Griffintown, il reste encore quelques cochers. Ils se connaissent tous, en détail. Ils quittent parfois les lieux pendant des mois, sans rien dire, et sans que personne ne s'attende à les revoir. Quand ils se revoient, c'est souvent au saloon, où trône le buste de Billy, le premier cheval de ce groupe de cochers. Dehors, leur monde change rapidement.

Tandis que «Soudain le Minotaure» racontait une histoire de viol très personnelle, «Griffintown» nous présente une petite communauté tout à fait atypique.

Marie-Hélène Poitras est l'auteur de ce nouveau roman intitulé «Griffintown», une œuvre originale dans laquelle hommes et chevaux partagent un destin commun. Un destin qui, d'ailleurs, est sur le point de s'achever. Ce n'est pas nécessairement la fin du monde, mais dans chaque ligne de ce livre, se lit la fin d'un monde.

«Tranquillité, élégance, style de vie à deux pas du centre-ville. Ouverture du bureau des ventes en septembre». D'énormes affiches annoncent la venue de nouveaux condos et appartements pour entamer l'époque du Griffintown 2.0. Cette époque, évidemment, n'inclut pas la présence de ces cochers marginaux, sales, presque des itinérants, qui ne concordent pas avec la vision que la Ville a du progrès. Une première victime de cette vision se retrouvera d'ailleurs avec deux balles dans le coeur dans le lac.

Ça sent la fin pour les cochers de Griffintown: «Le roi est mort et enterré. Nul ne sait ce qui adviendra de son royaume rafistolé. Combien de temps encore avant que le château de tôle raboutée ne s'écroule sur leurs têtes?»

Marie, jeune cavalière enthousiaste, rejoint les rangs d'une bande qui se défile, qui se perd. Les cochers peuvent être solidaires, entre eux, mais ils veulent surtout faire de l'argent. Marie apprend rapidement à ne pas dévoiler ses recettes lucratives de la journée et à ne pas dépendre de l'aide de certaines vieilles cochères particulièrement jalouses. Elle tombe rapidement sous le mentorat de John, qui ne sait pas trop quoi faire du meurtre, de la nouvelle cochère et de cette époque qu'il sent révolue. Marie devient témoin de la désintégration d'un monde qu'elle souhaitait ardemment intégrer depuis toujours.

«Le roi est mort et enterré. Nul ne sait ce qui adviendra de son royaume rafistolé. Combien de temps encore avant que le château de tôle raboutée ne s'écroule sur leurs têtes?»

Peut-être qu'ils savent que leur monde prend fin, parce qu'à l'approche de leur évidente disparition (naturelle ou autre), les cochers ne paniquent pas, ne réagissent pas, continuent de boire et de chercher des touristes. Mais la mère Despatie, qui a pris les rênes de la compagnie, il y a longtemps, voit très bien vers quoi se dirige l'entreprise, et «se lève, fait un double nœud dans ses lacets avec ses doigts encore tâchés du sang de son fils, replace son béret sur sa tête, sa carabine contre son flanc, puis quitte le Saloon par la porte arrière». Un personnage réellement puissant qui donne des allures de western authentique à cette apocalypse miniature. Elle tentera donc de rendre justice à son fils assassiné, mais réussira-t-elle à sauver l'entreprise?

Marie-Hélène Poitras démontre qu'elle est capable de s'adonner à différents styles d'écriture.

Tandis que «Soudain le Minotaure» racontait une histoire de viol très personnelle, «Griffintown» nous présente une petite communauté tout à fait atypique. On y découvre un monde un peu sale, mais encore beau qu'on aimerait connaître davantage, mais qui n'existera pas encore longtemps. Heureusement pour nous, il restera ce livre…

 

Lieux géographiques: Griffintown

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