Malgré tout on lit à Saint-Henri

Joseph Elfassi
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Dans son recueil de nouvelles,«Malgré tout on rit à Saint-Henri», Daniel Grenier nous présente des dizaines de portraits, brefs et adorables, d'un quartier vivant et complexe. On a droit à un livre lucide et sensé, tantôt drôle, tantôt triste, et touchant, dans son ensemble.

Daniel Grenier peut être à la fois hilarant et humble, intelligent et auto-dérisoire, simple et complexe.

Une plus longue histoire d'immigration ratée peut côtoyer de courts dialogues originaux captés sur le vif dans Saint-Henri. «Malgré tout» nous donne envie de voyager, que ce soit pour se rendre dans le sud-ouest de Montréal ou au Brésil avec une famille exilée qu'un narrateur rencontre dans la 24, sur Sherbrooke, en entendant l'histoire du père pour la première fois:

«J'ai voulu défendre ma bureaucratie, mais j'étais pendu à ses lèvres. Je ne connaissais pas de mots assez efficaces en portugais pour interrompre quelqu'un et commencer à argumenter sur l'État providence et le modèle québécois.» C'est typique de l'humour retrouvé tout le long du recueil. Daniel Grenier peut être à la fois hilarant et humble, intelligent et auto-dérisoire, simple et complexe.

C'est un livre qui nous apprend notamment le sens du mot «saudade», ce terme portugais qui ne se traduit pas et dont je vous laisse le plaisir de découvrir la définition complexe en le tapant dans votre moteur de recherche.

Le recueil est parsemé de récurrences, petits repères que nous offre l'auteur. On retrouve souvent un écrivain improbable tentant de compléter un recueil de haïkus, un livre pour enfants ou un roman érotique, qui se voit confronté à une bizarrerie culturelle, du genre Michael Jackson dans «Google Street View», ou le mot «Internet» dans une vieille chanson de Paul McCartney.

Dans «Malgré tout on rit à Saint-Henri», presque tous les narrateurs essaient de fumer. Toutes les cigarettes sont supposées être les dernières.

«C'était ma dernière cigarette et je voulais qu'elle soit cérémonieuse, mais en même temps je voulais m'en foutre, ne pas en faire toute une histoire. J'entendais mon plafond être le plancher des voisins d'en haut...»

«Des dizaines de portraits, brefs et adorables, d'un quartier vivant et complexe.»

Mais la récurrence la plus marquante est la présence d'itinérants montréalais, sur lesquels l'auteur s'arrête pour dresser un portrait sommaire, mais surtout pour se demander ce qu'ils font là. Pourquoi sont-ils là? Quel est notre rapport avec eux? Ce sont des itinérants qu'on a tous vu, qu'on ne regarde pas, mais qu'on remarque immédiatement dans les descriptions habiles de l'auteur: la paralysée de Berri-UQAM avec les pieds qui se regardent, le paraplégique sur la ligne jaune qui est peut-être bien calme, l'homme qui pue tellement qu'on le laisse seul dans un wagon avec ses mouches, l'itinérant qui se promène de wagon en wagon, ne s'arrêtant presque pas pour les rares dons qu'il reçoit.

Daniel Grenier nous décrit des moments très précis, très personnels qui ont un caractère universel: un séjour «bof» à New York, une solitude forçant un cri à la Schopenhauer et une chicane de couple sur la nature de l’abréviation CQFD, viennent donner un ton familier à ces toutes petites histoires. Ces récits sont des petits bijoux dont l'auteur peut être fier, et dont Saint-Henri pourra désormais s’enorgueillir.

S'il est possible, malgré tout, de rire à Saint-Henri, il est maintenant aussi possible d'en rêver.

Malgré tout on rit à Saint-Henri de Daniel Grenier

Éditions Le Quartanier (nouvelles)

 

Lieux géographiques: Saint-Henri, Montréal, Brésil Sherbrooke New York

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